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La ligne de Hu révèle l’érosion des sols en Chine

Homme avec carte et carnet étudiant une colline surplombant des champs verts et un village au bord d’une rivière.

Toutes les cartes de la Chine disent la même chose sans même le vouloir : les villes denses et les terres agricoles se tassent dans le tiers sud-est, tandis que l’immense nord-ouest reste presque vide. Ce contraste est si constant que, dès 1935, des géographes l’ont résumé par une unique diagonale.

Des chercheurs qui cartographiaient les endroits où la terre arable est emportée par l’eau ont vu réapparaître cette diagonale. Non pas parce qu’ils la cherchaient, mais parce que l’ancienne frontière démographique coïncidait, presque au trait près, avec les principaux foyers d’érosion du pays.

Une perte silencieuse

La terre se déplace dès que l’eau se déplace. Les gouttes de pluie la désagrègent, le ruissellement l’arrache, les rivières l’emportent : c’est l’érosion hydrique. En terrain plat, le phénomène passe presque inaperçu ; sur les pentes, il enlève la couche arable dont dépendent les cultures.

Une équipe de l’Université du Yunnan a voulu quantifier ces pertes à l’échelle nationale. À partir d’un modèle de perte de sol alimenté par les données de pluies, de relief et d’occupation des terres, le pédologue Xingwu Duan et ses collègues ont cartographié l’érosion entre 2000 et 2020.

L’enjeu est évident : l’érosion retire la surface fertile plus vite que les processus naturels ne la reconstituent, et une étude mondiale relie les formes les plus sévères aux manières dont les humains défrichent et cultivent. Quand cette couche disparaît, les rendements diminuent.

La ligne célèbre

Cette diagonale n’a rien d’une frontière politique. Il s’agit de la ligne de Hu, tracée en 1935 par le géographe Hu Huanyong pour illustrer la répartition très inégale de la population chinoise, de Heihe au nord-est jusqu’à Tengchong, à l’extrême sud-ouest.

La ligne est devenue célèbre pour sa remarquable stabilité. Environ 94% des habitants vivent du côté sud-est, plus humide et plus plat, qui représente moins de la moitié du territoire. À l’inverse, les plateaux arides du nord-ouest restent largement peu peuplés.

Cette séparation épouse presque exactement le climat et le relief - ce qui explique qu’elle ressurgisse ici. Là où se combinent fortes pluies, collines raides et agriculture intense se trouve la couture entre « deux Chine ». Et c’est aussi là que le sol se perd le plus vite.

Cartographier le pire

Avant cette étude, la distribution nationale de l’érosion sévère en Chine n’avait jamais été fixée avec précision. Les scientifiques savaient que le pays était fortement touché, sans pouvoir dire où les dégâts se concentraient, ni comment ces concentrations évoluaient au fil des années.

L’équipe a donc réparti le territoire en six zones d’érosion selon l’intensité : quatre zones sévères et deux zones relativement modérées. Les quatre zones les plus graves n’étaient pas disséminées au hasard. Elles s’alignaient le long de la ligne de Hu, les unes à la suite des autres.

Une diagonale aussi nette de dégradation appelait une explication. Elle ne correspondait ni à une province, ni à un bassin versant. Elle collait à une ligne conçue pour décrire les populations, pas les sols - un indice suggérant que l’empreinte humaine est mêlée au problème.

Une dérive vers le sud-ouest

La surprise majeure ne tenait pas seulement à l’endroit où l’érosion se concentre, mais à la direction dans laquelle elle se déplace. D’année en année, l’équipe a suivi le centre de gravité de la perte de sol. Il ne restait pas immobile : il glissait vers le sud-ouest, régulièrement, dans un mouvement unidirectionnel.

Sur ces deux décennies, ce centre a parcouru une distance réelle sur la carte, attiré vers les reliefs accidentés autour du Yunnan. Dans cette région, des vallées profondes et des averses brutales attaquent des pentes raides où les sols sont déjà minces.

Personne n’avait auparavant mis en évidence, à l’échelle de toute la Chine, cette dérive. Cette tendance unique - la progression lente du cœur de l’érosion vers des terrains plus difficiles - pourrait modifier la manière dont le pays cible ses protections.

Ce qui l’alimente

Le long de la ligne, l’érosion ne s’explique pas par un seul facteur. Quatre forces se renforcent mutuellement. Les fortes pentes accélèrent l’écoulement, les pluies concentrées fournissent l’énergie nécessaire, l’agriculture intensive laisse le sol nu au mauvais moment, et certains types de sols se laissent emporter plus vite que d’autres.

Pris isolément, chacun de ces éléments causerait peu de dégâts. Une pluie douce sur un champ plat et couvert de végétation n’emporte presque rien. Mais lorsqu’ils se cumulent, les pertes ont tendance à dépasser ce que provoquerait un facteur unique - du moins, c’est ce que suggère la structure des données.

Sur la causalité, l’équipe reste prudente. Elle montre que ces conditions accompagnent systématiquement les pertes les plus importantes, mais déterminer la part exacte de chaque facteur, parcelle par parcelle, est plus complexe et fait encore l’objet de travaux.

Stabiliser les sols

Des méthodes efficaces existent pour ralentir cette « hémorragie », et l’étude met en avant celles qui conviennent au relief chinois. Transformer les versants en terrasses est la plus ancienne : un article récent a constaté que les terrasses déjà en place réduisent d’environ moitié l’érosion des terres cultivées en Chine.

L’autre grand levier consiste à reverdir les pentes nues avec des arbres et des herbacées. La Chine l’a appliqué à très grande échelle, en reconvertissant des terres cultivées en pente en forêt. Les racines et le couvert végétal maintiennent le sol en place.

La restauration a déjà fait ses preuves. Là où la Chine a rétabli la végétation sur les zones les plus érodées, une autre étude a enregistré de fortes diminutions des sédiments et du ruissellement. Modifier ce qui est planté - et à quel moment - ajoute un troisième niveau de protection.

La vue d’ensemble

Avant ces résultats, l’érosion sévère en Chine était reconnue, mais sans carte vraiment claire. Désormais, elle en a une : les pertes se regroupent le long de la ligne de Hu, et leur centre se déplace vers le sud-ouest, vers des reliefs raides et à sols minces, qui peuvent le moins se permettre d’en perdre davantage.

Pour les planificateurs, la tâche change. Plutôt que de lutter uniformément sur un territoire immense, la Chine peut concentrer terrasses, reboisement et pratiques culturales plus adaptées sur la bande étroite où la terre disparaît le plus rapidement.

Dans un pays qui nourrit près d’un cinquième de la planète avec des terres agricoles limitées, savoir où le sol est le plus menacé revient déjà à sécuriser une récolte. La terre qui reste en place aujourd’hui est celle dans laquelle pousseront les cultures de demain.

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