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Loups gris en Californie : le bétail devient leur principale proie

Loup debout sur un chemin de ferme avec des vaches et deux hommes discutant en arrière-plan.

Les loups gris ne sont revenus en Californie que récemment, après près d’un siècle d’absence. Pourtant, leur retour pose déjà une difficulté inattendue aux éleveurs.

Une nouvelle étude montre que, dans le nord-est de l’État, deux meutes tirent l’essentiel de leur alimentation du bétail plutôt que de proies sauvages.

En poids, la viande bovine représente plus de la moitié du régime alimentaire observé, et sa présence a été détectée dans près des trois quarts des déjections de loups analysées par les chercheurs.

Ce constat va à l’encontre de ce que la plupart des scientifiques observent en Amérique du Nord, où les loups dépendent surtout de grands ongulés sauvages comme les cerfs, les wapitis et d’autres espèces similaires.

Ces résultats laissent penser que, à mesure que la population de loups se reconstitue et étend son aire de répartition, la cohabitation avec la filière bovine californienne pourrait s’avérer particulièrement difficile.

Les déjections révèlent ce que mangent les loups

Les travaux ont été conduits par Tina L. Saitone, économiste des ressources et de l’agriculture à l’Université de Californie à Davis (UC Davis), dont les recherches portent sur l’élevage et les parcours.

Pendant les étés 2022 et 2023, son équipe a arpenté des pistes en terre et des sentiers d’animaux dans le nord-est de la Californie, en collectant des centaines de déjections de carnivores afin d’identifier celles laissées par des loups gris.

Les échantillons provenaient de la meute de Lassen - les premiers loups reproducteurs recensés en Californie depuis environ un siècle - ainsi que d’une meute plus récente installée à proximité.

Les analyses ADN ont toutefois montré qu’environ un quart seulement des 384 échantillons provenaient réellement de loups, car les coyotes laissent des déjections d’apparence comparable.

Preuve que les loups consomment du bétail

L’équipe a recherché, dans les déjections de loups, des fragments d’ADN issus des proies afin de déterminer ce que chaque animal avait ingéré.

C’était la première fois que cette approche était utilisée pour étudier l’alimentation des loups, où que ce soit dans l’État.

Des bovins ont été détectés dans 72 % des déjections de loups. Le cerf mulet, principale proie sauvage de la région, est apparu dans 45 % des échantillons, et de petits mammifères dans environ la moitié.

En termes de masse, les bovins comptaient pour plus de la moitié du régime, avec une moyenne proche de 55 % sur les deux années.

La tendance se retrouvait aussi au niveau individuel. Parmi les 20 loups que l’équipe a pu distinguer grâce à l’ADN, au moins 17 avaient consommé du bétail.

Un profil alimentaire différent des autres meutes

En Amérique du Nord, les loups sont surtout connus comme des chasseurs d’ongulés sauvages.

Une vaste synthèse des régimes alimentaires des loups à l’échelle mondiale indique que les cerfs, les wapitis et les orignaux dominent généralement leur menu.

Dans cette revue, l’élevage n’apparaissait que dans une poignée d’études nord-américaines, où il représentait même alors environ 8 % du régime.

Les meutes californiennes étudiées ne suivent pas ce schéma. Leur dépendance à la viande bovine n’est pas un simple effet d’une saison particulièrement pauvre : elle se manifeste de façon constante sur deux étés et chez presque tous les loups suivis par les chercheurs.

Résultats d’une étude antérieure

La seule étude précédente menée en Californie sur l’alimentation des loups aboutissait déjà à la même conclusion.

Cette fois-là, les chercheurs avaient utilisé des méthodes plus anciennes, en triant des fragments de poils et d’os présents dans les déjections, sur des échantillons collectés entre 2017 et 2019.

Malgré cette différence de technique, ils avaient estimé que, par le poids, les bovins constituaient près de 60 % du régime.

Ainsi, deux équipes, avec des méthodes très différentes, convergent : dans ce secteur de la Californie, les loups s’appuient sur le bétail d’une manière qui ne ressemble pas à ce qu’on observe à Yellowstone ou dans les Rocheuses du Nord.

Pourquoi le bétail est devenu la proie

Le cerf de Virginie, l’orignal et le caribou n’ont jamais vécu en Californie, et les populations de wapitis y sont réduites et dispersées, avec peu d’animaux à proximité des zones occupées par les loups. Il ne reste donc que le cerf mulet comme grand ongulé sauvage réellement abondant.

Or, les cerfs mulets déclinent depuis les années 1970, avec les chutes les plus marquées dans le nord-est de la Californie.

À l’échelle régionale, les effectifs seraient passés d’environ 950,000 en 1990 à près de 250,000 quelques années plus tard, et sont restés bas depuis.

Face à un manque de proies sauvages, les loups se tournent vers les bovins qui pâturent sur les mêmes territoires. Ces troupeaux font l’objet d’une surveillance limitée.

Ils se déplacent sur d’immenses parcours, avec peu de clôtures, ce qui rend les jeunes veaux faciles à capturer, pour un coût et un risque faibles.

Regarder au-delà du régime alimentaire des loups

Cette ouverture des parcours réduit aussi l’éventail des défenses disponibles pour les éleveurs.

Les chiens de protection, les parcs nocturnes et les agents de surveillance sur le terrain ont permis de dissuader les loups ailleurs, mais ces solutions sont difficiles à déployer sur des paysages aussi vastes et accidentés. Les règles d’autorisation et les préoccupations de responsabilité civile restreignent en outre leur utilisation.

Une autre étude mondiale sur les loups et l’élevage conclut que la restauration des proies sauvages et une meilleure protection des troupeaux peuvent diminuer les attaques sur les animaux domestiques.

Il faut néanmoins tenir compte d’une limite importante : les déjections indiquent ce que les loups ont mangé, sans permettre de savoir si l’animal a été tué par un loup ou consommé sous forme de charogne.

Un conflit grandissant sur les parcours

C’est là que se cristallise la difficulté en Californie. Les loups sont protégés par les lois de l’État et par la législation fédérale sur les espèces menacées, ce qui interdit aux éleveurs de les tuer légalement.

Dans le même temps, les parcours ouverts de Californie offrent peu de moyens réellement efficaces pour protéger les bovins.

Les pertes s’accumulent déjà. Les services fédéraux de la faune ont confirmé au moins sept bovins tués par les deux meutes pendant la période de l’étude.

Sur la même période, une autre meute, ailleurs dans l’État, a été associée à 49 mises à mort de bovins confirmées.

Fin 2024, la Californie comptait au moins 50 loups répartis en sept meutes, contre un seul loup confirmé en 2011. La population continue d’augmenter.

Les loups et les éleveurs peuvent-ils coexister ?

La nouvelle étude indique que ces loups ne se contentent pas de voler du bétail à l’occasion. Ils couvrent la majorité de leurs besoins énergétiques grâce à la viande bovine, et cette dépendance semble solidement installée.

Pour les gestionnaires de la faune, l’enjeu change : il faut désormais élaborer des plans en tenant compte d’un prédateur en expansion qui dépend fortement du bétail.

Relancer les populations de cerfs mulets et trouver des protections du bétail adaptées aux parcours ouverts apparaissent moins comme des options que comme des nécessités.

La possibilité d’une cohabitation réussie entre loups et éleveurs en Californie pourrait dépendre de la rapidité avec laquelle ces solutions pourront être mises en place.

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