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Des cubes récifaux avec des huîtres indigènes relancent les récifs au large de South Tyneside

Plongeur en combinaison orange installe un module en béton pour la restauration de coraux sous-marin.

Des scientifiques ont montré que des cubes récifaux spécialement conçus, portant des huîtres indigènes, peuvent servir d’ancrage à de nouveaux récifs dans des eaux de côte exposée et agitée, là où la restauration échouait jusqu’ici.

Cette avancée change la perspective sur le retour possible des récifs d’huîtres disparus en mer ouverte, dans des zones où les tentatives précédentes étaient dispersées avant même que les récifs aient le temps de s’installer.

Des cubes sur le fond marin

À 1,8 kilomètres (1,1 mile) au large de South Tyneside, sur la côte nord-est de l’Angleterre, vingt cubes de 6,6 tonnes (6 tonnes métriques) portent désormais 4 000 huîtres indigènes.

En s’appuyant sur ces cubes, la cheffe de projet Celine Gamble, de la Société zoologique de Londres (ZSL), a contribué à concevoir un récif en béton destiné à rester en place en pleine mer.

La rugosité est déterminante : les huîtres s’agrippent plus facilement aux surfaces irrégulières, et les ouvertures pratiquées dans chaque bloc peuvent aussi offrir des abris aux poissons et aux crustacés.

Ces cubes ne remplacent pas un récif d’huîtres complet, mais ils pourraient lever le premier obstacle : réussir à en lancer un en mer ouverte.

Pourquoi les récifs d’huîtres ont disparu

Pour les habitants de cette côte, les récifs d’huîtres vivants ont disparu depuis plus d’un siècle. À l’échelle de l’Angleterre, les effectifs d’huîtres indigènes ont chuté d’environ 95 % après une surexploitation qui a vidé les bancs plus vite que des coquilles à croissance lente ne pouvaient les reconstituer.

La pollution, la dégradation des habitats, les maladies et le dragage ont ensuite maintenu les rares survivantes éparpillées, empêchant la formation des récifs denses nécessaires à une reprise.

Lorsque les scientifiques ont commencé à quantifier précisément l’ampleur du déclin, les crêtes de coquilles qui rehaussaient autrefois le fond marin s’étaient, pour l’essentiel, déjà aplaties.

Ce que font les huîtres

Une huître adulte peut filtrer jusqu’à 200 litres (53 gallons) d’eau de mer par jour en se nourrissant grâce à ses branchies. Ce pompage continu retire les particules en suspension ; une eau plus claire laisse passer davantage de lumière jusqu’au fond, où viennent se fixer les jeunes organismes marins.

En accumulant leurs coquilles, les huîtres construisent aussi un refuge dur et tridimensionnel, capable de protéger crevettes, crabes et petits poissons face aux prédateurs.

Cet effet de dépollution et de mise à l’abri explique pourquoi les équipes de restauration s’intéressent aux récifs - et pas seulement à des huîtres isolées éparses sur la vase.

Un récif d’huîtres conçu pour la mer agitée

Les ingénieurs ont donné à chaque cube, de type béton, une masse d’environ 6,6 tonnes (6 tonnes métriques), afin que les vagues et la houle aient du mal à déplacer ces blocs sur le fond.

Des reliefs extérieurs reproduisent la rugosité de la roche naturelle, offrant davantage de prises aux huîtres et plus de cachettes à d’autres espèces.

De larges ouvertures traversant le centre laissent circuler l’eau, tout en formant de petites cavités où poissons et homards peuvent se protéger.

Comme les cubes restent en place après leur mise à l’eau, le récif peut démarrer sur une structure stable, plutôt que sur un banc de coquilles susceptible de dériver.

Coquilles, naissain, fond marin

En complément des cubes, les équipes ont réparti du naissain - de jeunes huîtres déjà fixées sur des coquilles - sur l’ensemble du site. Elles ont aussi étalé des coquilles de pétoncles réutilisées afin de créer un substrat coquillier : des coquilles libres qui offrent aux bébés huîtres une surface dure à laquelle s’accrocher.

Les huîtres ne peuvent pas bâtir un récif sur un sédiment mou et mobile : ces minuscules animaux ont besoin d’un support ferme avant de pouvoir s’empiler. Cet apport de coquilles est surtout crucial durant les premières années, lorsque chaque zone qui survit peut ensemencer la couche suivante.

Des bénévoles ont aidé à construire les récifs d’huîtres

Avant qu’un seul bloc n’atteigne l’eau, plus de 90 bénévoles locaux ont brossé et nettoyé les huîtres au quai aux poissons de North Shields, près de Newcastle.

Ce nettoyage minutieux a limité le risque d’introduire, avec les huîtres, des espèces indésirables sur le site du récif.

Près de 100 autres personnes ont ensuite collé les huîtres sur les cubes, transformant une opération d’ingénierie marine en chantier de restauration porté par la communauté.

Le recours aux bénévoles a levé un blocage très concret : il fallait manipuler rapidement des milliers d’animaux, avant le jour du déploiement.

Leçons tirées de 2023

Un lâcher précédent, en 2023, avait placé 10 000 huîtres adultes au large de Whitburn, un secteur voisin de la côte situé au sud de la zone actuelle.

Des épisodes de météo sévère ont ensuite dispersé une partie des huîtres et des coquilles, illustrant à quel point la restauration en côte exposée peut se défaire rapidement avant que les animaux ne se fixent.

Ce revers n’a pas mis fin au projet, mais il a obligé les équipes à considérer la stabilité comme le problème central de conception.

Les cubes de cette année sont, en réalité, une réponse directe à cette leçon ; leur réussite dépendra de leur capacité à passer la première saison difficile.

La perte plus large des récifs d’huîtres en Europe

Au-delà de la Grande-Bretagne, des chercheurs ont récemment estimé que l’écosystème européen des récifs d’huîtres indigènes était effondré, selon un système international d’évaluation de l’effondrement des écosystèmes.

Les archives historiques indiquaient que ces récifs couvraient autrefois plus de 4,2 millions d’acres, et non les minuscules fragments observés aujourd’hui.

La disparition de la structure récifale a compté, car ces monticules superposés de coquilles modifiaient les courants, retenaient le vivant et rehaussaient le fond marin en un habitat.

À cette échelle, les cubes de South Tyneside restent modestes, mais ils visent précisément la structure manquante dont les récifs ont besoin pour s’établir.

À quoi ressemble la réussite

Au départ, la réussite aura quelque chose de peu spectaculaire : des cubes qui ne bougent pas, des huîtres qui survivent, et des coquilles qui commencent à se verrouiller en un seul récif.

Peu après, poissons, éponges et crustacés devraient s’installer, à mesure que les surfaces rugueuses créent à la fois nourriture et couverture.

« Elles sont peut-être petites, mais les huîtres peuvent jouer un rôle important pour garder nos mers propres et en bonne santé », a déclaré Gamble.

La preuve décisive demandera du temps, car un récif ne compte vraiment que lorsqu’il traverse les tempêtes et commence à produire ses propres jeunes.

Ce que cela pourrait ouvrir

Au large de la côte nord-est de l’Angleterre, ces cubes testent l’idée que des récifs perdus peuvent être reconstruits en combinant écologie et ingénierie.

Si les blocs tiennent et si les huîtres se reproduisent, de futurs projets pourraient déployer cette méthode à plus grande échelle sur des littoraux agités, là où les coquilles libres ne tiennent pas.

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