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Le genévrier commun d’Utsjoki, âgé de 1,647 ans, devient le plus vieux arbuste du monde

Personne en tenue extérieure observant une coupe transversale d’un tronc d’arbre sur un rocher en milieu naturel.

Un morceau de bois tordu, gris et sans éclat, coincé entre des rochers dans la toundra finlandaise, cache en réalité une histoire hors norme.

Dans l’enchevêtrement de branches d’un genévrier commun (Juniperus communis) aujourd’hui mort se trouve un âge plus respectable que celui de n’importe quel arbuste recensé. L’arbuste s’est desséché puis a fini par mourir en 1906 de notre ère - mais, d’après l’analyse de ses cernes, sa croissance en anneaux a débuté vers 260 de notre ère.

Cela implique qu’il avait germé encore plus tôt : les scientifiques estiment qu’il a vécu 1,647 ans sur Terre avant de disparaître.

"Le genévrier est l’espèce ligneuse la plus répandue au monde. On le trouve du niveau de la mer jusqu’aux limites supérieures de la végétation, de l’Alaska à l’Etna, du Japon à l’Écosse. C’est une espèce extrêmement éclectique, capable de supporter des températures brûlantes et l’aridité, comme dans les dunes de sable, ou, à l’inverse, des environnements glacials près des glaciers", explique le dendrochronologue Marco Carrer, de l’Université de Padoue, en Italie.

"Aujourd’hui, ce record s’accompagne de celui du plus vieil arbuste du monde."

Longévité des plantes : pourquoi ces records comptent

Les animaux et les plantes appartiennent à des catégories d’organismes très différentes, et l’un des écarts les plus captivants concerne la durée de vie. Sur Terre, certains arbres clonaux atteignent des dizaines de milliers d’années ; et, parmi les arbres non clonaux, certains individus comptent leur âge en milliers d’années.

Plusieurs raisons justifient la protection de ces végétaux très anciens. Ils conservent des archives du climat passé et même des événements géologiques ou cosmiques dans les régions où ils se développent. Ils constituent aussi des réservoirs de biodiversité particulièrement stables. Enfin, les bosquets et forêts qui abritent des arbres très âgés jouent un rôle important dans la capture et le stockage du carbone.

Genévrier commun à Utsjoki (Laponie) : la découverte et le changement d’estimation

Le genévrier concerné est suivi depuis quelques années : il a été repéré à Utsjoki, en Laponie, en 2021, à faible distance de l’Institut de recherche subarctique de Kevo de l’Université de Turku.

À l’époque, les scientifiques avaient évalué son âge à environ 1,242 ans. Lors d’un retour sur site en 2024, ils ont constaté que cette estimation était erronée : l’arbuste était nettement plus ancien. Ils ont également identifié, à Utsjoki, quatre autres genévriers dont l’âge dépassait 1,000 ans, ainsi que plusieurs autres en Suède.

"Avant cette découverte, le plus vieux genévrier et la plus vieille plante ligneuse de Finlande était un spécimen de 1,070 ans trouvé à Lemmenjoki", indique l’écologue Otso Suominen, de l’Institut de recherche subarctique de Kevo.

"Le record d’âge des genévriers finlandais vient d’être amélioré de presque 600 ans."

Datation par les cernes : comptage, comparaison et anneaux manquants

Pour déterminer l’âge du genévrier, les chercheurs ont d’abord compté les cernes du tronc, puisque les plantes ligneuses ajoutent une nouvelle couche de croissance de manière plus ou moins annuelle. Ils ont ensuite confronté ces résultats aux séries de croissance d’autres vieux genévriers du même secteur, afin d’étalonner le rythme de croissance propre à l’espèce.

Le genévrier, en particulier, présente fréquemment un phénomène où une année de croissance peut être sautée, ce qui se traduit par un anneau absent pour l’année correspondante. La comparaison croisée avec d’autres genévriers a permis d’identifier ces lacunes chez l’arbuste très ancien et d’aboutir à un âge jugé plus fiable. Les chercheurs précisent même que cette nouvelle estimation pourrait rester prudente : l’âge réel pourrait dépasser leur calcul de 10 to 200 ans.

Menaces sur la toundra : réchauffement, dynamique de la végétation et conservation

Selon les auteurs, la toundra pourrait bien abriter des genévriers encore plus âgés, ce qui renforce l’intérêt de protéger ce biome remarquable.

"Le réchauffement actuel aux hautes latitudes, avec les dynamiques de végétation naturelles qui en découlent et l’augmentation, due au changement climatique, de l’intensité et de la fréquence des perturbations naturelles, pourrait constituer des menaces encore plus graves", écrivent-ils dans leur article.

"La progression vers le nord de la végétation forestière peut rapidement supplanter les vieux genévriers et modifier le régime de perturbations naturelles qui façonne couramment les assemblages de la toundra. Cela souligne la nécessité de d’abord reconnaître, puis de mettre en œuvre des mesures de conservation afin d’éviter la perte de ce composant unique du biome de la toundra."

La découverte a été publiée dans la revue Ecology.

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