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Probiotiques et inuline aident les abeilles domestiques à survivre aux variations de température, selon une étude

Apiculteur en combinaison tenant un cadre de ruche plein d’abeilles dans un jardin fleuri au soleil.

Nourrir des abeilles domestiques avec une dose quotidienne de probiotiques, associée à une fibre bénéfique pour l’intestin, a augmenté leur capacité à survivre à de fortes variations de température, selon une nouvelle étude. L’avantage apparaissait surtout quand il faisait froid, et il s’intensifiait à mesure que les abeilles consommaient davantage du complément.

Ce résultat laisse entrevoir une solution simple et peu coûteuse pour aider les apiculteurs à préparer leurs colonies à l’irrégularité météo que le réchauffement climatique rend de plus en plus fréquente.

Mais cette approche a une limite nette : lorsque la chaleur devient extrême, aucune quantité de supplément ne suffit à maintenir les abeilles en vie.

Tester la résistance des abeilles

Les travaux ont été dirigés par la Dre Najmeh Sahebzadeh, à l’Université de Zabol (UOZ), dans le sud-est de l’Iran.

Spécialiste de la physiologie des abeilles domestiques, elle cherchait à déterminer si l’alimentation pouvait aider ces insectes à supporter des températures très éloignées de l’optimum. Son équipe a élevé des ouvrières tout juste émergées et les a nourries pendant trois semaines.

Dans un e-mail adressé à Earth.com, Sahebzadeh a écrit : « As a keystone species for crop pollination and, by extension, global food production, honeybees are particularly vulnerable to these fluctuations, making strategies that bolster their physiological resilience all the more valuable. »

Le régime testé associait un probiotique commercial (un mélange de bactéries intestinales) et de l’inuline, une fibre issue de la racine de chicorée dont se nourrissent les microbes bénéfiques.

Avec un collaborateur de l’Université de l’Alberta (UAlberta), au Canada, les chercheurs ont évalué quatre concentrations, allant jusqu’à 10 grammes de chaque composant par litre de sirop.

Abeilles au froid et à la chaleur

Au terme des trois semaines, des groupes d’abeilles ont été exposés à l’une de quatre températures pendant une durée pouvant atteindre dix jours.

Deux conditions étaient froides, à 4 °C (39 °F) et 15 °C (59 °F). Une autre correspondait à une température confortable pour la ruche, 35 °C (95 °F). La dernière imposait une chaleur éprouvante, 40 °C (104 °F).

Le froid, à lui seul, a entraîné une mortalité progressive chez les abeilles non supplémentées. En revanche, le complément alimentaire a freiné cette mortalité, avec un effet marqué.

Bénéfices par temps froid

À 4 °C (39 °F), les deux dosages les plus élevés ont permis de maintenir en vie plus de 70 % des abeilles sur l’ensemble des dix jours, tandis que les témoins non nourris avec le supplément mouraient le plus rapidement.

Quand le froid était plus modéré, à 15 °C (59 °F), l’effet était encore plus net : la dose la plus forte a maintenu en vie plus de 80 % des abeilles. Cela s’inscrit dans un ensemble d’indices de plus en plus cohérents suggérant que l’intestin joue un rôle d’allié lors des périodes froides.

Une publication récente a notamment montré que des bactéries lactiques finissent par dominer l’intestin des abeilles domestiques en hiver, lorsque les colonies doivent tenir plusieurs mois dans le froid. Une communauté microbienne plus stable de ces bactéries pourrait contribuer à la survie des abeilles pendant cette période.

La chaleur submerge les abeilles

La chaleur a raconté une autre histoire. À 40 °C (104 °F), les abeilles mouraient rapidement quel que soit le régime. Dans le groupe témoin non supplémenté, elles étaient pratiquement toutes mortes en l’espace d’une journée, et la dose la plus riche n’a procuré qu’environ trois jours supplémentaires avant d’aboutir au même résultat.

L’explication est simple : une chaleur extrême endommage directement les fonctions vitales, en « cuisant » les protéines et en désorganisant les membranes cellulaires plus vite que n’importe quel bénéfice intestinal ne peut compenser.

Même un intestin en meilleur état ne peut pas sauver une abeille dont la biologie fondamentale est déjà en train de lâcher. Cette limite est préoccupante, d’autant que la chaleur constitue une menace de plus en plus présente pour les abeilles.

Une vaste analyse portant sur des dizaines d’espèces de bourdons a relié l’augmentation du nombre de journées de chaleur extrême à des extinctions locales, lorsque les populations étaient poussées au-delà des températures qu’elles pouvaient tolérer.

Face aux épisodes de chaleur sévère, l’ombrage et la ventilation restent des protections plus efficaces que l’alimentation.

Des défenses internes plus calmes

Le résultat le plus inattendu venait de l’intérieur des abeilles, car le stress laisse une trace chimique.

Quand les animaux y sont confrontés, leurs cellules produisent des molécules réactives de l’oxygène qui abîment les tissus, et l’organisme s’appuie sur des enzymes antioxydantes pour nettoyer ces composés.

Cette accumulation de dégâts est appelée stress oxydatif ; en général, sa signature est une hausse de l’activité de ces enzymes. Or, chez les abeilles supplémentées, c’est l’inverse qui a été observé. Quelle que soit la température, plus elles avaient consommé de supplément, plus l’activité de leurs enzymes antioxydantes était basse.

Sous la chaleur la plus extrême, une enzyme clé atteignait environ 3 000 unités chez les témoins, et la dose la plus élevée réduisait cette valeur d’à peu près moitié. Cette stabilité a particulièrement retenu l’attention des chercheurs.

En échangeant avec Earth.com, Sahebzadeh a déclaré : « What stands out is that this protective effect was not confined to a single temperature extreme; it held up independently under both cold and heat stress, suggesting a level of consistency that isn’t tied to the specific nature of the thermal challenge involved. »

Le lien avec l’intestin

À première vue, une valeur plus faible pourrait faire penser à une défense affaiblie, mais les chercheurs l’ont interprétée autrement.

Selon eux, si le supplément empêche les dommages de s’accumuler dès le départ, les abeilles n’ont tout simplement pas besoin de solliciter autant leurs enzymes. Dans cette lecture, une réponse « plus silencieuse » signale moins de stress, plutôt qu’une protection moindre.

L’explication la plus probable se trouve du côté du microbiome intestinal, c’est-à-dire la communauté de bactéries qui aide les abeilles à digérer et à se défendre contre les maladies.

Le probiotique apporterait des microbes utiles, tandis que l’inuline leur servirait de source de nourriture. Ensemble, ils pourraient améliorer l’extraction d’énergie à partir de l’alimentation et contribuer à neutraliser des molécules délétères.

Aucun profilage direct des bactéries n’a toutefois été réalisé dans cette expérience : le rôle du microbiome reste donc une inférence solide, mais pas une chaîne de preuves démontrée.

Le duo « fibre + microbes » a déjà montré son intérêt : une étude antérieure a constaté qu’il aidait les abeilles à résister à un parasite intestinal courant et à vivre plus longtemps.

Un outil pour les apiculteurs

Ces résultats sont ciblés, mais exploitables. Un complément alimentaire simple peut améliorer de manière mesurable la survie des abeilles domestiques lors de coups de froid, et l’effet augmente avec la dose.

Pour les apiculteurs qui voient leurs colonies peiner pendant des printemps instables et des hivers rigoureux, cela pourrait devenir un levier pratique et peu coûteux pour renforcer la résilience.

En réponse aux questions de Earth.com, Sahebzadeh a indiqué : « Taken together, this study introduces a workable and cost-effective model for the beekeeping industry, one that departs from conventional practice in a meaningful way. »

Tester sur des colonies réelles

L’étude apporte des éléments sérieux, mais il faut garder une réserve importante : elle a été menée sur de jeunes abeilles élevées en laboratoire, qui n’acquièrent pas naturellement leurs bactéries intestinales auprès d’abeilles plus âgées de la ruche. Il est donc possible que des colonies entières réagissent différemment.

La suite logique consiste à réaliser des essais sur le terrain, dans des ruches en activité. Même avec ces précautions, la tendance mise en évidence est explicite.

À mesure que la météo devient plus erratique, l’intestin apparaît comme un point d’action où les apiculteurs pourraient renforcer la robustesse des abeilles, ration après ration, au moins face au froid. En revanche, à ce stade, la protection contre les chaleurs extrêmes dépendra surtout de la gestion des conditions à l’extérieur de la ruche.

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