Aller au contenu

Croûtes biologiques du sol : des cyanobactéries pour inverser la désertification

Personne en tenue beige travaillant avec des cailloux dans un trou creusé dans le désert sableux.

Les croûtes biologiques du sol - de fines couches vivantes d’organismes à la surface des sols désertiques - peuvent être produites artificiellement afin de freiner l’avancée des déserts. On les décrit souvent comme la « peau vivante » du désert.

Dans les milieux naturels, ces croûtes se mettent en place le plus souvent en trois grandes étapes : d’abord des cyanobactéries relativement simples, puis des lichens, avant d’aboutir à un stade mature où les mousses deviennent dominantes.

Aujourd’hui, des chercheurs ont mis au point un dispositif visant à inverser la désertification en transformant le sable en sol fertile.

Leur approche consiste à utiliser des microbes cultivés en laboratoire pour agglomérer le sable désertique meuble en une pellicule mince mais stable, que le vent n’emporte pas facilement.

En consolidant rapidement la surface, cette couche résistante laisse aux équipes de restauration une fenêtre pour installer arbustes et graminées, avant que les vents violents et la chaleur désertique ne détruisent les jeunes plants.

Croûte biologique du sol

Dans le nord-ouest de la Chine, sur des damiers de paille disposés au sol, un film sombre s’est étendu sur le sable traité et est resté en place après les tempêtes de poussière saisonnières.

En suivant ces parcelles malgré les épisodes de chaleur, de gel et de dégel, l’Académie chinoise des sciences (CAS) a mesuré la rapidité avec laquelle ce film se durcissait.

Lors d’essais menés près du désert du Taklamakan, au Xinjiang (nord-ouest de la Chine), les équipes de la CAS ont constaté que les croûtes stabilisaient le sable en 10 à 16 mois.

Malgré cette progression rapide, les planificateurs ont surtout cherché à construire d’abord une base de sol : l’objectif étant que les plantations ultérieures puissent tenir sans devoir replanter en continu.

À la rencontre des cyanobactéries anciennes

Bien avant l’apparition des forêts, les cyanobactéries - des bactéries alimentées par la lumière et capables de prospérer dans des environnements extrêmes - seraient apparues il y a environ 3,5 milliards d’années.

En exploitant le soleil et l’air, de nombreuses souches captent le dioxyde de carbone dans leurs cellules et rejettent l’excédent sous forme de matière organique simple.

Dans des sols désertiques pauvres en apports fertilisants, certaines espèces pratiquent aussi la fixation de l’azote, en convertissant l’azote gazeux en nutriments directement utilisables par la communauté vivant dans la croûte.

Une fois installée, cette couche vivante attache les grains mobiles et offre aux premières plantes un support plus favorable pour l’enracinement.

Des sucres collants cimentent le sable

Au microscope, les croûtes biologiques du sol - fines couches vivantes à la surface - révèlent un réseau de filaments bactériens enroulés autour des grains de sable.

Pour que ce maillage tienne, les cellules sécrètent entre les grains des sucres visqueux, qui se solidifient ensuite en une couche mince et cohésive.

La croûte joue un rôle de colle : elle maintient les grains ensemble et contribue à empêcher l’installation de plantes envahissantes. En revanche, des pas, des pneus ou un ratissage trop énergique peuvent briser cette surface ; la mise en place de croûtes à grande échelle exige donc aussi une protection durable.

Le carbone commence à s’accumuler

Au cours de la première année, la surface traitée a commencé à retenir les nutriments dans les 2,5 cm supérieurs, au lieu de les laisser partir avec la poussière emportée par le vent.

En se mélangeant à la poussière minérale transportée, les cellules mortes et les sucres exsudés ont formé une matière organique capable de piéger l’azote et le phosphore.

À mesure que les nutriments se concentraient, davantage de microbes pouvaient s’en nourrir, et la communauté de la croûte devenait plus difficile à perturber.

Pour les plantules, cette évolution offrait un meilleur point de départ, même si la survie restait conditionnée par l’arrivée des pluies au bon moment.

L’eau reste plus longtemps

Après de courtes averses, une zone couverte d’une croûte conservait l’humidité plus près de la surface, tandis que le sable nu voisin s’asséchait rapidement.

Une porosité plus rugueuse et des pigments sombres limitaient l’évaporation, car l’eau restait ombragée et piégée sous la fine couche.

Gagner ne serait-ce que quelques jours d’humidité supplémentaire peut suffire à aider graminées et arbustes à émettre des racines avant le retour de la chaleur.

Lors de longues périodes sans pluie, la croûte vivante peut entrer en dormance : les résultats dépendent donc du climat et d’un calendrier d’intervention soigneusement ajusté.

La succession écologique apporte de nouveaux partenaires

Avec le temps, la croûte a évolué d’un assemblage surtout microbien vers un couvert mixte intégrant des lichens et de petites zones de mousse.

Les lichens ont renforcé la surface, et leur croissance lente a contribué à maintenir l’intégrité de la croûte face aux vents forts et aux nuits froides.

La mousse a ajouté de la hauteur et de l’ombre, permettant à de minuscules poches d’humidité de persister et protégeant de nouveaux microbes.

Une fois ces partenaires tardifs présents, l’ensemble devenait plus stable, mais les dommages demandaient aussi davantage de temps pour se réparer.

Un suivi sur 59 ans

Derrière les essais rapides actuels, la Chine dispose d’un historique qui a documenté la croissance des croûtes sur 59 ans de récupération des milieux désertiques.

À partir d’échantillons de croûte dont l’âge était connu, l’équipe a comparé des sites intacts à des parcelles traitées avec des cyanobactéries cultivées en laboratoire.

Les gains en nutriments variaient selon les microbes dominants, et l’ajout de cyanobactéries a comprimé un processus de plusieurs décennies en seulement quelques années.

Même dans les scénarios les plus favorables, il fallait toutefois encore attendre 2 à 3 ans pour obtenir une croûte mature capable de résister aux perturbations.

L’érosion diminue rapidement

Le vent constitue l’épreuve la plus sévère : dès que les rafales se renforcent, le sable nu échoue, les grains étant arrachés et transportés.

Après pulvérisation de cyanobactéries, les grains liés restaient en place, car la croûte les connectait entre eux, ce qui réduisait le nombre de particules mises en suspension.

En laboratoire, des tests réalisés avec une croûte fabriquée ont réduit de plus de 90 % les pertes de sol dues au vent, dans des conditions de vents contrôlées.

Moins de sable en mouvement pourrait signifier moins de tempêtes de sable et des routes plus durables, à condition que la croûte résiste aussi au passage et à la pression du pâturage.

Limites sur le terrain

Étendre cette méthode au-delà de petites parcelles impose de décider où pulvériser les microbes, car toutes les dunes n’ont pas besoin d’une croûte.

Les souches locales supportent souvent mieux la chaleur, le sel et la sécheresse que des souches importées ; les équipes cultivent donc généralement des microbes prélevés dans des déserts voisins.

Comme la désertification - la perte de couverture végétale et l’évolution vers des conditions plus désertiques - a des causes multiples, les croûtes ne peuvent pas corriger le surpâturage ni une mauvaise utilisation de l’eau.

Sans protection contre les véhicules et une forte fréquentation à pied, une surface restaurée peut s’effriter, et la récupération peut prendre des années.

Ce qui change ensuite

La construction accélérée de croûtes fait de la croissance microbienne un outil opérationnel, reliant le contrôle du sable désertique à une restauration végétale plus lente.

Un suivi sur le long terme dira si la durabilité, les bénéfices et les effets secondaires se confirment dans différents déserts et sous divers climats.


Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!

Laisser un commentaire